Depuis le XIXe siècle, la France est une référence mondiale en matière de stations de ski. Pas étonnant ! Le ski alpin fait ses premières apparitions en 1890, à Chamrousse, lorsque le pionnier isérois Henry Duhamel importe une technique norvégienne de planches en bois, avec fixation, pour glisser sur la neige. En 1896, il fonde le premier ski-club des Alpes à Grenoble et assure la formation des militaires pendant la Première Guerre mondiale. Dans la foulée, en 1903, la première école de ski en France ouvre à Briançon.
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Les chiffres-clés
Selon l'Observateur édité par Les domaines skiables de France, dans le Top 3 de la saison 2022/2023, la France est numéro deux avec 51 millions de journées-skieurs vendues, derrière les États-Unis (65,4 millions) et devant l'Autriche (50,3 millions). Plus de 120 000 emplois dépendent de l'ouverture des domaines skiables (commerces, hébergements, écoles de ski, services).
Les recettes des remontées mécaniques ont dépassé 1,6 milliard d'euros en 2023 (dont 95 % en hiver), pour une recette moyenne de 31,90 euros par journée-skieur. 70 % de la clientèle est française, et 30 % essentiellement européenne. Les forfaits journée et demi-journée comptent pour 25 % de la fréquentation, contre 48 % pour les forfaits de 5 à 7 jours.
Le prix du forfait représente 16 % des dépenses des visiteurs, le logement 29 %, les repas et l'alimentation 26 %, la location de matériel 5 %, les bars (4 %), les cours de ski (2 %). Au total, 10 millions de vacanciers dépensent 10 milliards d'euros chaque année en station.
Un sport d'élite
À la fin du XIXe siècle, les stations de première génération voient le jour, telles que Chamonix ou Megève, construites autour de villages préexistants, ou autour d'une activité touristique comme l'alpinisme et le thermalisme. Ces pionnières sont situées entre 900 et 1 200 mètres d'altitude, et sont réservées à une clientèle fortunée.


L'exemple de Megève en Haute-Savoie est parlant. La famille Rothschild, spécialement la baronne Noémie, est à l'origine de son essor dans les années 1910.
L'objectif est de concurrencer la station chic de Saint-Moritz en Suisse.
Megève doit incarner l'art de vivre à la française en mode sports d'hiver, et attirer les têtes couronnées de l'époque. Pari réussi.
En 1924, les Jeux olympiques organisés à Chamonix mettent les sports d'hiver à l'honneur. Dans les années 30, la pratique du ski continue à se développer auprès d'une élite jeune et sportive. Megève inaugure le premier téléski français en 1933. Les Houches, le premier télésiège en 1936. Pendant un long moment, les aménagements sont bricolés par ou avec les paysans propriétaires des terrains.
Le Plan Neige de 1964
Une deuxième génération de stations voit le jour à l'ère industrielle, et lors de l'avènement des congés payés à partir de 1936. Le modèle est créé de toutes pièces, comme l'Alpe d'Huez ou La Toussuire, au milieu des alpages, stations érigées entre 1 600 et 1 800 mètres d'altitude.
Dès 1945, la fameuse École du Ski Français (ESF) voit le jour à Chamonix avec 200 moniteurs, dont le premier est le champion olympique Émile Allais, inventeur de la technique de glisse skis parallèles. Un an plus tard, en 1946, la station de Courchevel commence à se développer, et apparaît comme le prototype de la station moderne, sous l'impulsion de l'architecte-urbaniste Laurent Chappis. Ainsi, 13 % des stations françaises sont construites avant 1960.
En France, les premiers villages de montagne du Club Med ouvrent en 1958 à Val d'Isère et Le Monêtier-les- Bains ! Dès 1965, l'offre tout compris fait son apparition dans les villages neige du Club Med, comprenant le buffet et l'encadrement enfant. De 1945 à 1975, la France surfe sur l'époque faste des Trente Glorieuses.
« Le Plan Neige, mis en place par le général de Gaulle en 1964, marque nettement le boom des stations de ski en France »
Le plan Neige, mis en place par le général de Gaulle en 1964, marque nettement le boom des stations de ski en France. Ce plan ambitieux doit officiellement déterminer « un concept de stations d'altitude très fonctionnelles, au service du ski, fondées sur un urbanisme vertical », « initier un partenariat unique auprès des collectivités et faire émerger une nouvelle génération de stations très performantes susceptibles d'attirer les devises étrangères ». Le ton est donné. L'objectif est de créer 35 nouvelles stations de ski et 360 000 lits au total à l'échéance 1980 (dont 150 000 lits entre 1971 et 1975).
Plus de 300 stations dans six massifs
La France offre le plus grand domaine skiable du monde, selon France Montagnes, l'association qui fédère les acteurs du tourisme de montagne. Les 340 stations sont disséminées dans six massifs montagneux. Dans les Alpes du Nord, on en dénombre 128, dont l'Alpe d'Huez, Courchevel, La Plagne, Méribel, Tignes, Val Thorens, Val d'Isère, Flaine, Megève, Les Arcs.
Les Alpes du Sud en abritent 65. Parmi elles : Auron, Isola 2000, Serre-Chevalier, Pra Loup, Valberg, Risoul. Dans les Pyrénées, on trouve 45 stations : Cauterets, Font-Romeu, Luchon- Superbagnères, Gourette, La Pierre Saint-Martin. Parmi les 37 stations du Massif central, citons Besse, les Crêtes du Forez, les Monts du Pilat, Le Lioran. Le Jura affiche 39 stations, dont La Chapelle-des-Bois, Métabief, Morbier. Les Vosges ont 22 stations à leur actif, dont Gérardmer, le Ballon d'Alsace, La Bresse Brabant. Sans oublier les 3 stations en Corse : Ghisoni, le Val d'Ese et Asco.
Les domaines skiables, spécificité française
Le modèle de cette troisième génération est clair : des stations sortent de terre directement en haute altitude, construites au pied des pistes, pour accueillir un tourisme sportif de masse, moins élitiste. De véritables ensembles urbains émergent à 1 800 mètres d'altitude, dont celui de La Plagne est l'un des plus emblématiques.
L'État ne lésine pas sur les moyens, édicte des mesures réglementaires et donne accès à des prêts à taux réduits. De fameux aménageurs font leur entrée dans le paysage : Paul Boissonnas à Flaine, Roger Godino aux Arcs, Pierre Schnebelen à Tignes, Gérard Brémond à Avoriaz. La pratique des sports d'hiver se démocratise.
En 1968, les Jeux olympiques d'hiver à Grenoble consacrent les champions tricolores. Ils raflent neuf médailles, et placent le ski français au firmament. Le skieur Jean-Claude Killy remporte trois médailles d'or à lui tout seul, un véritable exploit ! Les domaines skiables se développent au même rythme que les stations. Ils se mesurent en pistes accessibles depuis le sommet des remontées mécaniques.
En France, ils représentent un ensemble unique au monde, d'une superficie de 25 000 hectares de pistes, soit 1 % de la surface des montagnes sur le territoire (chiffres du site domainesskiables.fr). 24 de ces domaines sont reliés les uns aux autres et permettent de skier dans plusieurs vallées.
Parmi eux : Les Trois Vallées qui communiquent entre Méribel, Val Thorens, Courchevel, Brides-les-Bains, Saint-Martin-de-Belleville et Les Ménuires, soit 600 km de pistes. Ou encore Paradiski, qui relie en 425 km de pistes Champagny-en-Vanoise, La Plagne, Montchavin, Peisey-Valandry et Les Arcs Bourg-Saint- Maurice.
« En France, les domaines skiables représentent un ensemble unique au monde »
Les années 70-80 voient l'essor du concept de multipropriété à la montagne. Il permet à des classes moyennes de partir dans la même résidence chaque année à la même période, moyennant l'achat de parts dans une SCI. En 1979, le film « Les bronzés font du ski » fait vivre avec humour les aventures d'une bande de copains à Val d'Isère, interprété par les acteurs de la troupe du Splendid. Il contribue à populariser la pratique des sports d'hiver.
Nouvelles attentes des vacanciers
Différents plans Neige s'enchaînent tous tschuss… jusqu'au discours d'un certain Valéry Giscard d'Estaing en 1977. Ce nouveau président de la République, élu en 1974, fait un discours à Vallouise dans les Hautes-Alpes, où il appelle à respecter l'environnement, les sites, les populations, les paysages. Déjà.
La quatrième génération des stations, entre la fin des années 80 et 2010, marque un retour vers l'esthétisme du chalet, comme à Valmorel ou Arc 1950. Sur les pistes, il y en a pour tous les goûts. Ski sportif ou ski cool, ski en famille, les stations offrent une large palette d'activités, aussi bien diurnes (nouvelles glisses, snowparks) que nocturnes (descentes aux flambeaux, dîner montagnard...).
La neige est domptée et damée, les premiers canons à neige rudimentaires font leur apparition. Les attentes des vacanciers évoluent aussi. « Les grands skieurs continuent à skier à la demijournée et cherchent à s'amuser le reste du temps », témoigne Thomas Saison, directeur marketing à La Compagnie des Alpes, qui gère dix domaines de montagne dans les Alpes. Et de préciser : « La montagne, comme d'autres secteurs touristiques, a dû répondre aux nouvelles exigences des citadins en vacances. »
Partir en vacances à la montagne répond désormais aux nouvelles tendances de consommation touristique : pratiquer des multiactivités outdoor hiver comme été, se couper du quotidien, se reconnecter avec ses proches, partager des aventures accessibles dans un paysage « instagramable ».
D'où l'émergence de nouveaux codes plus urbains : des applis pour mieux découvrir les domaines skiables en temps réel (comme Paradiski Yuge), une offre plus vaste de loisirs autour du ski et de l'après-ski (tel que le festival de musique électronique à l'Alpe d'Huez), des hôtels et des restaurants lifestyle (La Folie douce dans 8 stations), ou des auberges de jeunesse transformées en lieux événementiels (The People aux 2 Alpes).
« Aujourd'hui, les stations doivent concevoir un futur où le ski et les sports d'hiver ne seront plus leur unique ressource »
Au Club Med, qui gère 11 resorts en montagne, dont 7 sont ouverts en été, on observe « une clientèle de plus en plus axée sur le luxe, privilégiant des vacances en famille, et provenant de l'international, notamment de pays tels que la Belgique, le Royaume- Uni, le Brésil et Israël. Elle recherche des expériences hors-ski, autour du bien-être et de la reconnexion avec la nature ». Certains observateurs regrettent le retour d'un ski ultra élitiste…
Avec ou sans neige ?
Aujourd'hui, les stations vivent une période charnière. Quel est leur avenir à l'horizon 2050 et à la fin du siècle ? Selon Guillaume Desmurs, auteur de « Une histoire des stations de sports d'hiver » paru en 2022 aux Éditions Glénat, le réchauffement climatique, mais aussi le coût de l'énergie, la pollution, le changement de comportement, les crises internationales, les tensions sur les ressources en eau soulignent les faiblesses d' « un modèle économique en bout de piste ».
Les chiffres du CNRS le rappellent : la durée d'enneigement a diminué d'une trentaine de jours au cours des 50 dernières années, en particulier à basse et moyenne altitude. Les stations doivent concevoir un futur où le ski et les sports d'hiver ne seront plus leur unique ressource.
En outre, la fonte du permafrost fragilise l'implantation des pylônes et des gares d'arrivée des remontées mécaniques. « La neige va rester encore 20 ans, estime Thomas Saison. Mais la haute saison risque de durer moins longtemps, sur deux mois seulement, de janvier à mars. La rareté de l'offre de stations en haute altitude va faire augmenter les prix. »
Un porte-parole du Club Med confirme : « On sait qu'à l'avenir, il y aura des hivers avec neige et probablement des hivers sans. Mais la montagne, ce n'est pas que la neige : c'est aussi une multitude d'activités qui se pratiquent avec ou sans. Le Covid-19 a d'ailleurs été un déclencheur d'intérêt et de considération sur les vacances à la montagne hors ski. »
Selon les domaines skiables de France, 40 % des pistes sont enneigées grâce à l'utilisation de la neige artificielle (contre 70 % en Suisse et 90 % en Italie). En 25 ans, le risque climatique a été réduit par trois grâce à l'enneigement artificiel. Les stations suivent désormais des politiques RSE qui visent la montagne zéro carbone. Parmi les solutions appliquées : des dameuses électriques, des panneaux solaires, une gestion optimisée de l'eau, des chaufferies biomasse, des affrètements de trains « door to door ». La préservation de l'or blanc est à ce prix.
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3 questions à… Michael Ruysschaert,
directeur général par intérim de l'Agence Savoie Mont-Blanc et directeur général des services de Megève
Comment évolue l'offre des stations ?
Michael Ruysschaert : L'enjeu est de rénover l'existant pour réhabiliter l'offre, dont les passoires thermiques, et de fait, limiter les nouvelles constructions. On voit l'émergence d'hébergements partagés, sur le principe d'hostels et d'auberges de jeunesse nouvelle vague, avec une culture urbaine et branchée. En termes d'activités, l'offre est déjà pléthorique, hiver comme été. L'idée est de proposer un certain art de vivre à la montagne associé à des services de qualité, développés à l'année pour favoriser des périodes de télétravail.
Quel est l'avenir des stations de moyenne montagne ?
Michael Ruysschaert : Je rappelle qu'en Savoie Mont Blanc, 89 % des stations ont un domaine skiable supérieur à 1 500 mètres et 67 % en partie supérieur à 1 800 mètres. Il faut parier sur des activités nature toute l'année, créer des expériences sur les ailes de saison, favoriser l'itinérance en vélo par exemple, miser sur l'art de vivre montagnard, et développer du tourisme participatif pour créer du lien entre l'habitant et le visiteur.
Comment améliorer la desserte des stations en train ?
Michael Ruysschaert : C'est un point complexe à faire évoluer, en raison du dimensionnement du réseau, du prix des billets, de la fréquence des trains qui dépend des opérateurs ferroviaires. Toutefois, des initiatives privées voient le jour, comme l'affrètement de trains par Travelski. La Compagnie des Alpes vient d'ailleurs de lancer un appel à candidature européen pour une offre récurrente de mobilité décarbonée.
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