Après deux ans de pandémie, les métiers du tourisme souffrent de pénurie de personnel. Entre les salariés qui ont quitté le secteur et les candidats qui rechignent à postuler aux récentes offres d'emploi, les professionnels ont du mal à attirer des nouvelles recrues. Pourtant la demande est forte, en relation avec la reprise de l'activité en agences, même si elle n'a pas retrouvé le même niveau qu'en 2019.
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À titre indicatif, fin avril, Pôle Emploi affichait sur son site près de 800 offres d'emplois de conseillers en voyages, 300 offres d'accompagnateurs, 3 200 offres d'animateurs…
« Le retour général de nos adhérents, qu'ils soient distributeurs ou producteurs, est le même : ils ont des difficultés à trouver des candidats, par manque d'appétence du secteur », concède Valérie Boned, la secrétaire générale du syndicat Les Entreprises du Voyage.
Selon les professionnels interviewés, les raisons de ce « trou d'air » sont multiples. Chez les distributeurs, le constat est dur.
« Dès 2019, nous avons été confrontés à la pyramide des âges dans le réseau, indique Valéry Muggeo, président sortant de la coopérative Selectour, et nous avons eu du mal à générer de nouvelles vocations, d'autant que Pôle Emploi détournait les candidats des agences physiques. Pendant la pandémie, nous avons enregistré de 20 à 30 % de départs volontaires, qui sont difficilement remplaçables aujourd'hui. »
Des contraintes moins acceptées
François Piot, à la tête du réseau Prêt à Partir (95 points de vente), peine à remplacer 40 postes en agences. « Nous avons dû fermer une agence par manque de personnel, regrette-t-il. Même les jeunes partent au bout d'un an. Ils croyaient vendre du voyage, en fait ils donnent des conseils sanitaires ! ».
En outre, travailler le mercredi et le samedi est une contrainte difficilement acceptable aujourd'hui par certains candidats. Une situation que Yvon Peltanche, patron de Eden Tour, connaît également. Trois de ses agences sur 22 ont dû fermer temporairement.
« J'ai 5 agences en galerie commerciale, ouvertes jusqu'à 20h, et je sens une vraie réticence de la part des candidats pour gérer cette contrainte horaire. » Sans compter la nouvelle difficulté induite par le prix de l'essence, lorsque le candidat doit parcourir en voiture plus de 25 km pour aller travailler…
Le niveau de rémunération freine l'entrée dans le secteur et pèse sur les perspectives d'évolution
Bertrand Guislain, créateur des jobs dating « On commence lundi », constate, d'après les commentaires des candidats, que le secteur perd ses avantages comme les éductours (moins nombreux) et qu'il ne fait plus rêver. Voire inquiète.
Patrice Caradec, président de Alpitour France, parle de perte de confiance : « Avant, le tourisme faisait rêver, aujourd'hui il interroge, estime-t-il. Il faut regagner la confiance des candidats, car l'industrie a été fragilisée par la pandémie, et plus récemment, par la guerre en Ukraine. »
Dans les motifs de désaffection des métiers du tourisme figure évidemment la question des salaires. Le niveau de rémunération freine l'entrée dans le secteur et pèse sur les perspectives d'évolution. Valérie Boned rappelle la grille des salaires minima conventionnels, applicables depuis décembre 2021 : de 1 604 euros (niveau A) à 2 890,49 euros bruts par mois (niveau G), pour 35 heures hebdomadaires.
Elle précise que des négociations vont avoir lieu pour réévaluer officiellement les deux premiers groupes A et B, passés depuis le 1er mai en-dessous du Smic, qui est désormais à 1 645,58 euros (+ 2,65 %).
Les salaires peuvent être revus à la hausse
Bien sûr, les recruteurs appliquent déjà des mesures, comme le télétravail un ou deux jours par semaine.
Patrice Caradec admet que « dans cette phase de reprise, il faut faire preuve de flexibilité d'autant que les jeunes demandent ce nomadisme, tout en préservant un esprit d'équipe ».
Idem chez Solea, où le directeur commercial Pascal Boyer a recruté une salariée en province pour le service résa parisien, quitte à venir au siège une à deux fois par mois. « À cause du Covid-19, beaucoup de candidats sont partis vivre loin de Paris et ne veulent pas y retourner. »
Chez Monde Authentique, le directeur Frédéric d'Hauthuille a introduit des horaires modulables, et un jour de télétravail par semaine, ce qui convient aux candidats expérimentés qu'il a recrutés récemment.
Côté salaires, certains employeurs ont mis en place des systèmes qui augmentent le salaire de base. Monde Authentique, spécialiste du sur-mesure, applique des commissions sur les marges brutes, qui représentent entre 20 % et 30 % du salaire.
« Dans la mesure où l'on marge confortablement, on peut bien payer nos salariés, dont certains touchent jusqu'à 30 000 euros par an », dit Frédéric d'Hauthuille.
Chez Prêt à Partir, François Piot a accordé une augmentation globale de 60 euros par mois. « Notre situation frontalière avec la Suisse, le Luxembourg et l'Allemagne, où les postes sont payés double ou triple, complique la donne », rappelle-t-il.
Roch Guilabert, directeur de Prony Voyages, a introduit la participation pour 2022, et utilisera la prime Macron, défiscalisée, en 2023.
À l'Escaet, Julie Panadero, coordinatrice Apprenants et Experts, souligne la nécessité de trouver une justesse de rémunération en cohérence avec la responsabilité au quotidien, « par des marges plus élevées ou des frais de transaction, car la compétence se paie ».

Marque employeur et formation en alternance
D'autres grands groupes jouent sur la « marque employeur » pour recruter, comme Voyageurs du Monde ou le Club Med. Le premier emploie des profils de tous les horizons, les forme pendant 5 semaines, et met en avant sa responsabilité sociétale d'entreprise (RSE). « Nous sommes loin du tourisme de masse, nous contribuons à développer harmonieusement les destinations, c'est ce qui fait que nos vendeurs se sentent valorisés, assure le directeur des ressources humaines de Voyageurs du Monde, Xavier de Lagarde. Qui plus est, le groupe est en bonne santé financière et redistribue des bénéfices chaque année ou presque. Cela rassure les candidats. »
Pour attirer de futurs talents, les formations doivent intégrer une dimension environnemental
Son réseau de 18 agences offre également des possibilités de mobilité géographique en province, en Suisse, en Belgique et au Canada. Le Club Med, lui, recherche 2 750 postes pour ses Villages en 2022. « Après le phénomène de grande démission aux États-Unis, on constate dans tous les pays que l'offre de travail est repartie bien plus rapidement que la demande de la part des chercheurs d'emploi, qui prennent le temps de construire des nouveaux projets personnels », indique Géraldine Derycke, responsable marketing RH Europe. L'entreprise développe l'alternance, le partenariat avec les écoles, et la montée en compétence des collaborateurs.
Quant au réseau Selectour, il mise beaucoup sur l'apprentissage, via son école de formation Selectour Selling Academy, développée avec l'EPT. En 2021, trois classes ont été ouvertes à Lyon, Nantes et Paris, pour 45 élèves. « La formation d'un an en alternance est ciblée sur nos besoins : les outils technologiques, le back office, le pilotage des ventes, avec deux orientations, le loisir et le voyage d'affaires », précise Valéry Muggeo.

©AdobeStock
Les jeunes ont été recrutés via les réseaux sociaux et sur les salons. Suivant leur âge (entre 18 et 26 ans), ils perçoivent de 27 % à 100 % du Smic. L'employeur, lui, bénéficie d'exonération de cotisations sociales et d'aides exceptionnelles de l'État jusqu'à 8 000 euros. Ainsi, un apprenti de 23 ans ne lui coûte que 170 euros par mois. « Pour la prochaine rentrée, nous comptons doubler le nombre de classes, c'est un travail de longue haleine, on doit transformer l'essai », espère-t-il.
À suivre sur les prochaines saisons…
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